Ne pas dire tout
Un peu de sincérité est chose dangereuse ; beaucoup de sincérité est absolument fatal
Oscar Wilde
Le secret d'ennuyer est celui de tout dire
Voltaire
Celui qui ne sait pas se taire, il ne sait pas non plus parler
Sénèque
CE QUE JE DIS
Selon Maurice Blanchot, « Il faut tout dire. La première des libertés est la liberté de tout dire. » Mais moi, je dis : Ne dites pas tout, au risque de vous perdre.
POURQUOI JE LE DIS
Les tableaux d'art, que j'apprécie de mieux en mieux, nous donnent une merveilleuse leçon. Ils disent tout sans rien imposer. Ils permettent aux observateurs d'interpréter l'oeuvre à leur guise sans que l'artiste ne les en empêche en les emprisonnant dans des mots choisis d'avance. C'est ainsi que nous devrions agir lorsque nous entrons en relation avec nos semblables. N'est-ce pas une prétention et une gageure de vouloir tout dire ?
Naturellement, qu'on le veuille ou non, on ne dit jamais tout. En effet, choisir de dire quelque chose, c'est choisir de ne pas dire tout le reste, donc le taire. Le dit se détache toujours sur le fond du non dit. Il ne s'agit nullement de dissimuler sciemment des informations encore moins de mentir. Mon propos est simplement d'évoquer quelques cas précis où je dis : ne dites pas tout au risque de vous perdre.
Ne pas tout dire pour permettre la conversation
Dans la pratique de la conversation, ne pas tout dire est un art nécessaire. En effet, il permet à votre interlocuteur de ne pas vous trouver trop pédant. Ca lui permet aussi de pouvoir poser des questions pour mieux comprendre, facilitant ainsi le jeu de la conversation. Vouloir tout dire tout seul risque non seulement de vous faire paraître pédant mais encore, cela entraîne dans un monologue, l'autre étant réduit à vous écouter. Ne pas tout dire permet ainsi à l'interlocuteur de pouvoir dire aussi quelque vérité. Ne pas tout dire laisse à l'interlocuteur la possibilité d'entrebâiller ou même d'ouvrir les fenêtres de son choix, sans que l'on lui ferme les volets de l'interprétation. En effet « Le secret d'ennuyer est celui de tout dire. », nous enseigne Voltaire.
La fluidité et la richesse de la conversation sont à ce prix ! Dialoguer, c'est prendre la parole à tour de rôle, donc garder le silence et écouter à tour de rôle.
Ne pas tout dire pour garder quelque pouvoir
L'idée de ne pas tout dire peut être liée à la notion du pouvoir en ce sens qu'il ne faut livrer toute ses informations encore moins tous ses secrets. L'information étant devenue une ressource stratégique, il faut la gérer au mieux. Rappelons nous : Un peu de sincérité est chose dangereuse ; beaucoup de sincérité est absolument fatal. (Oscar Wilde)
Ce n'est pas pour rien que certains hommes politiques adoptent le principe : "Gardons-les ignorants, on les gouvernera mieux". En effet, telle est la mentalité voire la règle de bien des dirigeants politiques qui réprimandent d'ailleurs ceux qui osent trop informer, ceux qui osent en dire trop.
S'il est conseillé de savoir s'ouvrir aux autres ; il est tout aussi fondamental de savoir les tenir à distance et de se conserver des jardins secrets ; de ne pas dire tout ce qu'on éprouve ou pense et de ne se livrer qu'avec discernement. Autant les non-dits peuvent ouvrir sur des rumeurs dévastatrices, autant le trop-plein de révélations peut mettre en insécurité. Il y a plus de deux mille ans, n'est-ce pas Esope qui affirmait déjà que « la langue est la meilleure et la pire des choses » ?
Parler du peu pour mieux communiquer efficacement
En voulant tout dire, on va rarement au fond des choses, « Qui trop embrasse, mal étreint ». En général, il faut cinq minutes pour bien développer une idée. Et, dans ces conditions, il est inimaginable de vouloir dire tout ce qu'on sait sur le sujet. Ne pas tout dire devient alors un principe d'efficacité puisqu'il vous conduira à faire le tri de vos idées pour ne retenir que les plus percutantes et plus persuasives en fonction du temps qui vous est imparti. Mieux vaut en être conscient pour bien choisir ce qu'on à dire.
En outre, en parlant peu, on évite le maximum des erreurs que quelqu'un qui a la logorrhée (http://fr.wikipedia.org/wiki/Logorrh%C3%A9e) commettrait. En effet, comme le souligne Jean de La Bruyère, « L'on se repent rarement de parler peu, très souvent de trop parler ; maxime usée et triviale que tout le monde sait, et que tout le monde ne pratique pas. » Or comme le rappelle Louis XIV, « Il est très malaisé de parler beaucoup sans dire quelque chose de trop ». On comprend mieux alors que pour communiquer efficacement il faut parler de peu de choses mais bien parler d'elles.
Garder parfois le silence pour permettre à l'autre de sauver la face
Même si Jean Jaurès estime que « Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire», il n'est pas nécessaire de dire toute vérité. Le proverbe dit que la parole est d'argent mais le silence est d'or.
Il est parfois nécessaire de garder le silence même si l'on est convaincu que son interlocuteur a tout faux. Surtout quand la contre-vérité en question ne gène véritablement personne. Relisons le cas de Dale Carnégie :
http://groups.google.com/group/je-dis-de-gbeton/web/que-gagnez-vous-a-argumenter. C'est fort de la leçon que ce dernier dans son livre
« Comment se faire des amis », dit : la critique est dangereuse parce qu'elle blesse l'amour-propre et qu'elle provoque la rancune. L'homme est une créature tout hérissée de préventions, mue par son orgueil et par son amour-propre. Au lieu de condamner les gens, essayons de les comprendre. Que gagnez-vous à les contredire gratuitement ? C'est pourquoi, bien souvent, il ne faut pas dire tout ce que l'on voit, ni tout ce que l'on sait. Pis, lorsqu'on n'a pas requis votre avis.
C'est sans doute ce qui a pousser Jean de La Fontaine à dire « Il est bon de parler et meilleur de se taire » .
Sous un autre angle, le silence communique mieux que la parole. Le silence ne peut alors être en lui-même plus signifiant et donc préférable à la parole. On ne peut pas tout dire. Il y a de l'indicible. « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire », nous conseille Wittgenstein. Le langage peut nous trahir. « Tout ce que vous direz sera retenu contre vous », vous connaissez bien cette formule ! On n'a pas toujours "les mots pour le dire" par exemple quand il s'agit d'exprimer des sentiments, des passions. La parole ne peut pas "épuiser" la réalité. On ne doit pas tout dire. Il y a ce qui "ne se dit pas" : un secret, une indiscrétion, une parole blessante.... « Celui qui ne sait pas fermer les yeux quand il le faut ne sait pas regarder ; et celui qui ne sait pas mentir ne sait pas dire la vérité. De même, celui qui ne sait pas taire ses opinions ne sait pas non plus les exprimer» ( Samuel Butler).
De l'art de ne pas tout dire
C'est le proverbe «Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler » qui nous suggère bien une piste pour ne tout dire. En effet, la réflexion engagée pendant que la langue tourne 7 fois devrait nous permettre de visualiser ce qu'il faut dire et ce qu'il ne faut. « Nos parents nous ont appris à parler et le monde à nous taire. », constate la sagesse tchèque.
Alors chers amis, suivons les conseils du Grand Conficius qui éclaire bien : « Il faut se garder de trois fautes : parler sans y être invité, ce qui est impertinence ; ne pas parler quand on y est invité, ce qui est de la dissimulation ; parler sans observer les réactions de l'autre, ce qui est de l'aveuglement. »
ET A LA JCI
Au niveau de la JCI, il arrive qu'en tant que responsable élu ou directeur de projet de présenter un rapport, ou en tant que simple membre de défendre un point de vue en Assemblée Générale. Dans tous les cas, il faudrait choisir ce qu'on doit dire pour être convainquant surtout que le temps est limité. Il faudrait retenir les idées forces, les points clés, en terme de méthodologie ou de résultats ou encore d'objectif, le plus important étant de mettre en exergue ce qui paraît vraiment original.
Savez-vous qu'il est plus facile d'obtenir une faveur de quelqu'un ou de lui faire des reproches constructifs en privé ? Est-ce alors nécessaire de tout dire en public ou en Assemblée Générale. Un tête à tête « en coulisses » ne permet-il de dénouer plus facilement certaines crises larvées ?
Enfin, au cours des séminaires de formation JCI, les formateurs ne devraient pas souvent s'ériger en professeur administrant un cours magistral. Ils sont plutôt des animateurs soucieux de faire participer l'assistance à ces rendez-vous du donner et du recevoir afin de rendre ces séances plus ludiques, plus participatives et plus efficaces.
LECTURE RECOMMANDÉE :
Devrait-on préférer le silence à la parole ?
http://vdl.ac-grenoble.fr/public/philo_lycee/themes/langage/methode/lang_suj/silence/silence.htm
Que gagnez-vous à contredire les autres ?
http://groups.google.com/group/je-dis-de-gbeton/web/que-gagnez-vous-a-argumenter
INCROYABLE MAIS VRAI
« Danser, c'est comme parler en silence. C'est dire plein de choses sans dire un mot. » (Yuri Buenaventura)
BE BETTER :
La parole enseigne, l'action entraîne.
A jeudi prochain, si Dieu le veut
Gbèton.

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